FRANCE
 
Le Mont-Saint-Michel et ses "Nocturnes"
Pas de conférencier, pas de guide ni de gardien puisqu'il n'y a rien à voler sauf quelques croix, des torches ou des bougies.
La beauté naît grâce à des centaines de bougies rondes posées partout, à profusion, tandis que le coucher de soleil traîne un peu.
On grimpe les marches à son rythme.
On ne s'attendait plus à cette abbaye-là, vouée au seul culte des pierres. Soudain, miracle au-dehors, l'herbe sauvage des prés-salés devient rouge orange, puis verdit à nouveau.
Les vitres s'ensanglantent l'espace d'un instant.
Puis les derniers rayons se glissent entre les meurtrières.
C'est fini pour aujourd'hui.

Fini, c'est vite dit.
Les bougies, logées dans les infractuosités du mur, comme autrefois, recréent pénombre et mystère en ce lieu piétiné, réussissent à lui rendre sa splendeur originelle.
Second miracle de la soirée, personne ne semble s'occuper des torches, ni du feu qui craque et pétille dans les cheminées géantes.
Lorsqu'on parvient au cloître, ouvert sur la mer, le soleil joue une dernière fois à envoyer quelques rayons.
On est submergé par tant de lumineuse beauté, d'autant que roses et fougères poussent au sommet de cette église mi-romane mi-gothique, formant finalement un mélange baroque.
L'idée contre-nature d'aménager ce cloître au niveau supérieur a été imposée par la structure même du Mont.
On redescend en traversant des salles voûtées, soutenues par d'énormes piliers de granit.
Maintenant les lumières côtières se sont allumées et le phare de Chausey éclaire la nuit.
Là-haut, tout là-haut, l'archange saint Michel doré de frais étincelle encore au-dessus du clocher.
Le Mont, au péril de la mer.
Pour le voir entouré d'eau comme il l'était autrefois, il faut venir pendant les fortes marées - après la pleine lune ou la nouvelle lune.
Il est vivement conseillé de ne pas s'aventurer sur les grèves même pour voir les Nocturnes de loin.
Les marées de très forte amplitude, les sables mouvants gorgés d'eau, susceptibles de happer le touriste imprudent, ne sont pas une légende.
Depuis la nuit des temps, le Mont-Saint-Michel est aussi réputé pour sa beauté que pour la dangerosité de son environnement.
La construction de l’abbaye commença dès 1023, probablement sur les lieux d’un très ancien pèlerinage à saint Michel, mais sa nef romane ne fut achevée qu’en 1048.
Au XIIe siècle, Philippe-Auguste conquiert le duché de Normandie, ce qui entraîne de nombreuses destructions.
On construira alors un nouveau monastère sur trois niveaux, si beau qu'il est surnommé "la Merveille". Mais l'abbaye déclinant, Louis XI transforme les lieux en prison.
Cette utilisation carcérale dure jusqu'en 1872, date à laquelle la restauration commence.
Aujourd'hui, l'abbaye se compose de deux ensembles, roman à l'ouest et gothique à l'est, entourés au XVe siècle par une enceinte.
L'abbaye reçoit chaque année environ un demi-million de visiteurs. Mais les vrais propriétaires du Mont, ce sont les mouettes ; elles y pêchent de l'aube au coucher du soleil, quand la mer devient incandescente.

Si l'abbaye survit au Mont-Saint-Michel, ce n'est cependant qu'une coque vide, dit-on, puisque ses manuscrits, son âme donc, sont déposés à Avranches.
Les précieux textes (du VIIIe au XIe siècle) ainsi que les incunables, emportés par les moines chassés du Mont, sont en effet conservés dans le musée de cette ville.
Le crâne d'Aubert, évêque d'Avranches, transpercé par le puissant doigt de feu de saint Michel lors de son apparition en l'an 708, se trouve dans le trésor de l'église Saint-Gervais...

 
 
PHOTOS
Alfonso Mejia.
TEXTE
Plural World
 
Le Mont-Saint-Michel